Mgr Christory nous parle d’Amoris Laetitia #5

Chaque semaine entre Pâques et la Pentecôte 2021, à l’occasion de son message fraternel hebdomadaire, Mgr Christory notre évêque, nous parle de cette belle exhortation apostolique Amoris Laetitia dont l’Église a fêté les 5 ans de sa sortie le 19 mars 2021 dernier.

Extrait du message 119 du 30 avril 2021

Le chapitre 4 du texte « la joie de l’amour » (Amoris Laetitia) du pape François (2016) s’ouvre sur une merveille, je veux parler de son commentaire du chapitre 13 de l’épître de saint Paul écrite aux habitants de Corinthe. La communauté qui grandit en cette ville portuaire importante de Grèce s’enracine peu à peu dans la vérité de l’amour. Là, comme dans nos mégapoles contemporaines, le mot « amour » prend un sens tellement varié que l’on peut l’appliquer à des réalités très différentes ; des personnes, mais aussi des animaux, des biens, des choses. Galvaudé, le mot devient difficile à utiliser et peut expliquer l’embarras du jeune-homme lorsque sa bien-aimée lui demande « m’aimes-tu ? ». Qu’est-ce que l’amour ? Nous avons un mot, mais les grecs en avaient trois !: Eros ou l’amour d’attraction, comme une pulsion sensible, l’amour pour les choses désirables jusqu’à l’attrait physique des corps. Philia comme sentiment d’amitié ou encore la camaraderie réciproque, quand on veut le bien de l’autre (ce qui se retrouve en italien, « ti voglio bene », « je te veux du bien. ») Enfin, Agapé, expression de l’amour la plus achevée, c’est-à-dire un amour donné, sans retour sur soi, une oblation gratuite et absolue. En latin, l’équivalent d’agapé est caritas que l’on traduit en français par « charité ». C’est d’agapé que parle saint Paul dans son chapitre si précieux que beaucoup de fiancés aiment choisir pour la cérémonie de leur mariage. « Si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne » dit Paul (1Co 13,1).

La grâce du sacrement du mariage est une force active qui perfectionne l’amour des conjoints, le stimule, le confirme et le fortifie. La première qualité de l’amour est la patience, comme Dieu se montre patient et « lent à la colère » (Ex 34,6), c’est-à-dire maître de soi face aux pulsions et aux agressions. Dieu est patient lorsqu’il nous laisse le temps de faire appel à sa miséricorde. Nos relations ne sont pas parfaites. Notre conjoint non plus. Pas plus que nous. Alors nous apprenons à cultiver la patience, à réagir avec bonté, à écouter les motivations des autres, son conjoint et ses enfants. Notre patience leur offre le droit de vivre leur propre itinéraire, d’analyser les faits de la vie avec leur sensibilité, à s’exprimer différemment. La patience est ainsi au service du bonheur des autres, le bonheur de les voir grandir.

Avançons dans la lecture du chapitre 4 qui détaille avec finesse nos attitudes et sentiments. Le pape relève qu’une cause de tristesse intérieure et de repli sur soi est l’envie qui « montre que le bonheur des autres ne nous intéresse pas, car nous sommes exclusivement concentrés sur notre propre bien. » (n° 95) Il est parfois des relations entre époux, mais aussi entre parents et enfants qui sont destructrices car l’autre possède ou réalise ce que je n’ai pas ou ne puis pas faire. Satan est alors habile pour instiller son esprit de division. Il sépare les êtres appelés à s’aimer. Il salit la relation par ses piques. Comment répondre à ce sentiment qui peut nous ronger à petit feu ? Par une attitude volontaire d’émerveillement et de reconnaissance des dons d’autrui. Les reconnaître, n’est-ce pas les recevoir et en être enrichi ? Pour sortir du repli sur soi et de l’envie, la louange, l’action de grâce sont des armes précieuses, ajoutées aux remerciements exprimés verbalement aux proches qui nous aiment et enrichissent notre vie.

Une autre attitude peut mettre fin à l’amour, c’est la gloriole, le désir de se montrer supérieur aux autres. Le Christ n’a-t-il pas pris la dernière place, celle de l’esclave qui lave les pieds ? Le pape dit « En réalité ce qui nous grandit, c’est l’amour qui comprend, protège, sert de rempart au faible, qui nous rend grands. » (n°97) Nous ne ferons donc pas les fanfarons ! Loin de cela, « en famille il faut apprendre ce langage aimable de Jésus […] Celui qui aime est capable de dire des mots d’encouragement qui réconfortent, qui fortifient, qui consolent, qui stimulent. » (n°98) Beaucoup de mots illustrent cette attitude au service de l’amour vrai : courtoisie, délicatesse, gratuité, amabilité, pour permettre que s’ouvre la porte du cœur de l’autre.

Comme je vous le disais, saint Paul utilise le mot agapé pour parler d’un amour de don. Il est nécessaire de s’aimer soi-même. Le pape cite un verset biblique peu connu mais particulièrement éclairant : « Celui qui est dur pour soi-même, pour qui serait-il bon ? […] Il n’y a pas homme plus cruel que celui qui se torture soi-même. » (Si 14, 5-6) Néanmoins, la charité consiste à aimer les autres plus que soi-même. Jésus parle de donner sa vie pour ses amis ! Seule la vie vécue dans la grâce de Dieu permet une telle offrande de soi, grâce qui peut aussi agir dans le cœur d’hommes et de femmes incroyants qui s’offrent aux autres avec générosité et altruisme. Ce choix est celui de la paix qui désarme la violence qui sourd parfois en nous face à l’agressivité, celle du monde comme celle d’un proche y compris son conjoint. Ne pas se laisser vaincre par le mal en faisant le bien, c’est la voie de la sagesse. Et si nous perdons pied, si nous nous emportons, Paul donne un conseil précieux : « que le soleil ne se couche pas sur votre colère. » (Eph 4,26). Ce choix conduit au pardon, à cet échange aimant qui dépasse l’offense pour reconstruire la communion et retrouver l’harmonie. L’esprit du monde entraîne vers la rancœur voire la vengeance. Dans la lumière du Christ, nous choisissons l’ouverture, l’écoute, la parole aimable, l’espérance. Comme avec une corde coupée, renouer le lien rapproche ceux qui s’étaient éloignés un temps. La victoire est belle pour ceux qui voient dans leur conflit une occasion d’un plus grand acte d’amour. Ne pas faire d’un conflit d’idées un conflit de personnes en se redisant son amour mutuel au milieu de nos divergences. C’est bien ici que l’expérience personnelle du sacrement de la réconciliation est une source de bienfaits, elle nous rend apte à revenir vers l’autre, à poser l’acte d’humilité qui ne blesse pas car il porte en lui la volonté de se retrouver intimement. La vraie joie peut jaillir issue d’un don de soi. « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35)

En achevant ce message, je vois combien le texte du pape François mérite le temps de la lecture et de l’intériorité pour accueillir son propos. La joie de l’amour jaillit dans la communion retrouvée par le pardon « qui essaye de comprendre la faiblesse d’autrui et cherche à trouver des excuses à l’autre personne » (n°105) Jésus a montré le chemin en pardonnant ceux qui l’accusaient et le mettaient à mort sur la croix. Indéniablement, les faits de la vie, notre faiblesse et notre péché susciteront des blessures. Comment réagirons-nous ? Quel sera notre désir ? Celui d’avoir raison et de se justifier, ou le choix de la bienveillance et de la réconciliation ? Le repli et l’autojustification durcissent notre cœur et le ferment. Le pape propose une juste attitude : « Il faut prier avec sa propre histoire, s’accepter soi-même, savoir cohabiter avec ses propres limites, y compris se pardonner, pour pouvoir avoir cette même attitude envers les autres. » (n°107)

Fondamentalement, le sacrement du mariage est un don pour vivre pleinement. Il est une force face aux épreuves. Il est une porte ouverte vers le Ciel. Il est un lien entre un homme et une femme qui sont unis de cœur, d’âme et de corps en présence du Seigneur. Il est une promesse de joie profonde. Par ce sacrement « nous avons été touchés par un amour précédant toute œuvre de notre part, qui donne toujours une nouvelle chance, promeut et stimule. » (n°108) Loin de toute compétition, les époux sont invités à se réjouir du bien de l’autre, de ses talents, de ses dons qu’il nous offre en retour par un juste partage de biens, ceux de l’âme et du cœur. N’y a-t-il pas une joie profonde à constater que l’on fait la joie de l’autre, que notre présence est reçue comme un cadeau par le conjoint, que nous nous complétons ? Répétons-le, avec saint Paul, « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » (Act 20,35) Je vous propose donc de revisiter votre regard sur vous-même pour entrer en ces jours du temps pascal dans l’accueil du Saint Esprit pour parfaire jour après jour vos relations, spécialement conjugale et familiale, et entrer ainsi dans la joie fraternelle éclairée par la présence lumineuse de Jésus-Christ.

Bonne route.

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