Mgr Christory nous parle d’Amoris Laetitia #7

Chaque semaine entre Pâques et la Pentecôte 2021, à l’occasion de son message fraternel hebdomadaire, Mgr Christory notre évêque, nous parle de cette belle exhortation apostolique Amoris Laetitia dont l’Église a fêté les 5 ans de sa sortie le 19 mars 2021 dernier.

Extrait du message 121 du 14 mai 2021

Il est heureux de continuer la lecture de l’exhortation apostolique « la joie de l’Amour ». Plusieurs m’ont dit que ce texte nourrit leur amour et leur relation de couple. Nous en étions arrivés au commentaire du passage de la lettre de saint Paul aux Corinthiens appelé l’hymne à la charité. L’agapé est ici l’expression d’un amour profond. Dans le cadre du mariage, les époux se donnent l’un à l’autre totalement. Leurs émotions, leurs sentiments, leurs désirs ont une place importante. Ceux-ci vont encourager le don de soi et l’action commune. Jésus pareillement manifeste une grande sensibilité émotionnelle : à la vie, aux souffrances et à la mort de ses proches. Sensible dans ses relations à autrui, il importe que l’être humain mette son intelligence au service de ses sentiments car l’action qu’ils suscitent doit être discernée pour ne pas leur être soumise. Écoutons le pape préciser sa pensée « une famille arrive à maturité quand la vie émotionnelle de ses membres se transforme en une sensibilité qui ne domine ni n’obscurcit les grandes options et les valeurs, mais plutôt qui respecte la liberté de chacun, jaillit d’elle, l’enrichit, l’embellit et la rend plus harmonieuse pour le bien de tous. » (n°146). Un sentiment orienté vers son bien propre peut être cause d’égoïsme. L’idée courante que si une chose me fait du bien j’ai la légitimité de la réaliser, est possiblement un piège. Orienté en vue du bien commun, le sentiment suscite heureusement un agir bon, source d’harmonie et d’amour mutuel. L’Église dans ses enseignements n’est pas là pour empêcher ou contraindre. Elle désire révéler le sens des actes que nous posons particulièrement lorsqu’ils ont trait aux relations intimes du couple, par l’échange des mots et des corps. Tout prend sens lorsque les sentiments et la volonté de réaliser le bien de l’autre façonnent la communion des époux. Dieu accompagne et nourrit cette relation « puisque l’amour vient de Dieu. » (1Jn 4,7)

C’est pourquoi le pape affirme que la sexualité est « un langage interpersonnel où l’autre est pris au sérieux, avec sa valeur sacrée et inviolable » où « l’érotisme apparaît comme une manifestation spécifiquement humaine de la sexualité […] L’érotisme le plus sain, même s’il est lié à une recherche du plaisir, suppose l’émerveillement, et pour cette raison il peut humaniser les pulsions. » (n°151). Regard émerveillé, infini respect de l’autre et de son corps, tendresse et écoute des désirs physiques mutuels sont autant d’éléments qui font croître la joie commune, le plaisir et l’amour. Ne faut-il pas exprimer ce que l’on ressent pour que le conjoint comprenne comment il peut donner et accueillir ? Le pape François cite son prédécesseur, Benoît XVI « l’homme ne peut pas non plus vivre exclusivement dans l’amour oblatif, descendant. Il ne peut pas toujours seulement donner, il doit aussi recevoir. Celui qui veut donner de l’amour doit lui aussi le recevoir comme un don. » (n°157)

On comprend alors que toutes les formes de violence, de mainmise sur l’autre et son corps, tout ce qui n’est pas profondément partagé dénature l’union et lui ôte son sens de communion. Il importe de bien comprendre que les conjoints se donnent, s’offrent dans un échange réciproque, une offrande d’eux-mêmes, sans domination mais dans la quête du bonheur du partenaire. C’est ainsi que Dieu a voulu que soient les époux lorsqu’ils les créa à son image et à sa ressemblance. Cet amour est une école du don, qui pourra parfois s’orienter vers le soin de l’autre, particulièrement dans la fragilité. Le pape ajoute : « Une femme peut prendre soin de son époux malade, et là, près de la croix, continuer à dire le ”oui” de son amour jusqu’à la mort. Dans cet amour se manifeste de manière éblouissante la dignité de celui qui aime, puisque la charité consiste justement à aimer plus qu’à être aimé. » (n°162) Avec le temps, l’appartenance mutuelle peut se faire tendresse, attention simple à l’autre, délicatesse quotidienne, affection profonde. Le corps change et le cœur grandit par l’accueil du conjoint, des enfants et de leurs enfants. L’amour s’élargit. De nouvelles modalités se créent. Et le pape de conclure : « Mais rien de cela n’est possible si l’on n’invoque pas l’Esprit Saint, si l’on ne crie pas chaque jour pour demander sa grâce, si l’on ne cherche pas sa force surnaturelle, si l’on ne le lui demande pas en désirant qu’il répande son feu sur notre amour pour le consolider, l’orienter et le transformer dans chaque nouvelle situation. » (n°164)

Prions le Saint Esprit puisqu’il est la vie. Comme nos vies peuvent être heureuses lorsque l’amour nous unit ! L’Esprit est l’Amour divin qui nous emplit. Nous venons de vivre l’Ascension. Jésus fut élevé avec son corps glorieux et a disparu, mais il demeure au milieu de nous par son Esprit. Avançons dans la grande neuvaine avec sérieux car notre société a besoin de reconnaître la source de vie. Que la Miséricorde, forme si haute de l’amour qui pardonne le mal commis et regretté, descende sur chacun de nous et nous recrée en vue d’une nouvelle capacité à prendre soin les uns des autres.

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